La représentation de l'ethos underground et l'inscripicion de la pluralité dans l'oeuvre de Réjean né Ducharme - Arnaldo Rosa Vianna Neto
Résumé
En s'appuyant sur l'analyse de L'avalée des avalés de Réjean Ducharme, cet article se propose d'étudier la représentation de l'ethos underground dans l'univers de l'auteur où elle se dégage de pratiques privilégiées comme l'exercice de la ruse et des détours, la flânerie outsider et d'autres formes de mouvance à travers les frontières. À partir de la perspective de l'invention du quotidien de Michel De Certeau et des essais d'autres auteurs comme Lise Gauvin et Régine Robin, la lecture met en relief la déroute du sens dans les rapports entre les personnages et le langage canonique (cf. l'invention du bérénicien). Il est question aussi de penser le développement d'une esthétique pluriculturelle en tant que réaction à l'orthodoxie du sens.
Niterói, Rio de Janeiro, Brésil, 1999.
Dans le contexte des années soixante, au
cours desquelles la Révolution tranquille a bouleversé des institutions québécoises
et exprimé une mutation de moeurs et d' idéaux, l'oeuvre romanesque de Réjean Ducharme, sans compromis avec la
littérature engagée, produit à sa manière des ruptures et des
transformations dans le cadre de cette crise de paradigmes.
Les récits ducharmiens mettent en scène la
critique de la culture dominante et permettent l'étude de l'évolution
culturelle et sociale des années 1960 et 1970. La recherche que nous
entreprenons sur l'oeuvre ducharmienne a le but de dégager la mise en place
des conditions d'une culture nouvelle, repérées dans la conduite de
personnages qui incarnent la figure du flâneur, jouant le rôle d'un être
de frontières. Entre mouvances et détours, ils inscrivent la pluralité
culturelle dans l'espace québécois. Tout en réalisant son errance dans
des espaces-temps hétérogènes, le flâneur semble ramasser les marques de
l'ethos de cultures hétérologiques et, bricoleur, il crée les
moyens pour leur mise en relation dans un contexte dorénavant pluriculturel.
La relativisation des vérités, des dogmes,
des paradigmes imposés comme modèles à être reproduits par tous et
partout, en dépit de la diversité de contextes et la pluralité des
structures qui les composent, se réalise dans la figure et dans l'action de
l'être de frontières. La mise en question de la rigidité d'une "vérité"
peut représenter aussi la transgression des limites spatiales. Dans L'hiver
de force , Ducharme ouvre le monde clos d'André et Nicole Ferron vers
l'extérieur de la rue, établissant la porosité de l'espace qui permet l'intervention
du narrateur-flâneur dans la réinvention du quotidien. Errants sans
ancrage, André et Nicole, narrateurs-personnages, ne trouvent pas de
limites à leur besoin d'habiter l'entre-lieu.
Constitué dans un espace de rhizomes , le flâneur
possède la capacité de fleurir partout, puisque son identité s'est formée
dans le va-et-vient entre des champs les plus divers. Il est de même pour Bérénice
dans L'avalée des avalés dont la condition d'errante se détermine
par une conduite déviante qui l'a menée dans l'espace de la rue pour,
peut-être, essayer d'y tracer son propre chemin, celui de sujet d'appropriation.
Pour Becker, un individu ou un groupe déviant s'organise "autour de
valeurs et d'activités qui s'opposent aux conventions de la société
globale." La condition outsider favorise le développement de l'errance
et vice-versa, car l'une engendre l'autre. En tant qu'errante, Bérénice,
qui se trouvait en situation de fuite avec son frère Christian vers le
bateau Elga Dan, pour ne pas être découverte, développe la pratique de la
déviance. L'identité du flâneur se construit dans les lieux parcourus
dans son errance et se définit dans l'acte déviant de la traversée. C'est
dans ce périple qu'il développe ses processus de cognition ontologique et
de relation avec l'ambiance qui l'entoure. Les frères Bérénice et
Christian Einberg interrogent le code dicté par le foyer familial, lorsqu'
ils accordent leurs pas et rythmes aux variations des espaces par où ils
circulent, quand ils échappent à la surveillance des parents. Tout se
passe comme s'ils connaissaient le besoin d'expérimenter, dans leur marche,
les limites de leur propre corps au moment de se heurter aux obstacles
inscrits dans le chemin qu'ils traversent, où les interdits constituent une
invitation à l'exercice de transgressions et de dépassements.
Dans L'hiver de force, fatiguée de
penser la vie à partir de la perspective du monde clos de la maison et de
la protection de la famille, Toune sort dans la rue vers
l'espace ouvert, choisissant ce lieu profane qui fuit le contrôle
dogmatique et favorise l'avènement de pratiques marginales. Dans la rue, l'improvisation
est l'arme qui caractérise et permet la métamorphose, l'adaptation à un
univers toujours en mouvement.
Dans l'univers ducharmien, sortir vers l'espace
ouvert représente un défi pour Toune, André, Nicole et Bérénice, celui
de traduire dans un langage les divers registres culturels repérés dans le
quotidien urbain. Cette tâche permet le développement des possibilités
cognitives qui essaient d'expliquer la vie, à travers l'exercice de la
perception activée par la stimulation des sens dépouillés des repères de
l'espace intime de la maison et libres pour se manifester, en captant les
registres des altérités plurielles. Observateur attentif, le flâneur met
à preuve et améliore son potentiel de perception quand il vogue par des
espaces illimités, cueillant, par le plein usage de ses sens, les référents
les plus divers y enregistrés.
En contact avec la différence, l'être de
frontières se perçoit dans un monde pluriel et se constitue dans ce divers.
En rupture avec les structures dualistes, il ne s'ancre pas aux marges et
transite dans tous les champs. Avec lui, la frontière perd sa signification
et ne se caractérise plus comme diviseur du tout, car, comme dit Sibony:
"L'entre-deux est une forme de coupure-lien entre deux termes."
Ainsi, dans sa nouvelle signification, la frontière devient ligne de
tangence, point de contact et d'échange, d'inclusion de différences, pont
qui lie les marges et sur lequel se heurtent, se confondent et s'hybridisent
les hétérologies, configurant un espace entropique, pluriculturel, où se
manifestent aussi des identités undergrounds auparavant exclues
parce qu'elles différaient du canon. La trahison d'un ordre est lue par De
Certeau comme manifestation de l'étranger dans le territoire interdit:
"Transgression de la limite, désobéissance à la loi du
lieu, il figure le départ, la lésion d'un état, l'ambition d'un
pouvoir conquérant, ou la fugue d'un exil, de toute façon la 'trahison' d'un
ordre."
Hybride, riche, fortifié par la dialogie différentielle,
l'errant underground déplace les marges et relit le paradigme de
limites, agrandissant cet entre-lieu situé entre des frontières
paradigmatiques qui interposent des raccourcissements, excluant des altérités
étranges à son contexte. Exilé du centre, il refuse la périphérie en
inscrivant le contre-texte outsider dans la matrice canonique, en faisant déborder
la matière hybride au-delà des frontières, en développant dans la
clandestinité la ruse, qui lui permet de transposer des barrières, lorsqu'il
doit improviser pour survivre. L'ampliation de l'entre-lieu hybride, kaléidoscope
composé d'un mosaïque hétérologique, construit un espace relationnel où
s'annulent les oppositions. Habiter l'hybride confère au flâneur le
pouvoir ou la tâche de diversifier l'universel, ou celle d'universaliser le
diversel, d'arroser avec le grain de la pluralité les champs les plus opposés
et monolithiques.
Cette tâche se réalise dans L'avalée des
avalés lorsque Bérénice, être de frontières, part vers l'aventure
errante. Son bateau, l'Elga Dan, qui navigue vers une destination méconnue,
est le seul capable d'atteindre la fin du monde, qui ne se trouve pas au
bout de la ligne cartésienne, mais dans les points d'intersection des
chemins tortueux. Cette image configure le va-et-vient constant qui donne à
l'être de frontières l'avantage de traverser les quatre coins du monde.
Ainsi, embarqués dans leur Elga Dan, Bérénice et Christian partent vers
la conquête du monde: "Et, bientôt, nous atteindrons le
bout du monde. C'est une pentapole à vingt couleurs et vingt portes, une
pentapole au rire plus grand que l'air, une pentapole à la danse plus
grande que le vol des oiseaux, une pentapole groupée autour de l'abside."
(AA, 154).
La description du bateau donne la mesure, dans
des proportions démesurées, de la faim de conquérir le monde, du besoin
de tout dévorer, de traverser le seuil de plusieurs portes, de dépasser (comme
le bateau ivre de Rimbaud ?) le vol déjà illimité des oiseaux. Dans la
multiplicité de ses couleurs, comme si chacune représentait une
inscription culturelle enregistrée lors du passage de ce bateau-flâneur
par les plus divers et secrets coins du monde, l'Elga Dan suggère
la métaphore pour l'identité hybride de Bérénice. Comme le bateau, elle
aura tatoué en soi la pluralité des registres culturels cueillis dans la diaspora
outsider, incarnée aussi par les personnages de Laïnou, André et
Nicole dans L'hiver de force, Bottom, Juba et Bruno dans Dévadé , et Mamie dans Va savoir .
L'appréhension du tout par le flâneur se fait
par la circulation et par son intromission dans tous les champs par lesquels
il passe. Dans ce passage, il dissémine le facteur hybride et fait
interagir les cultures les plus opposées. Tel est le rôle du flâneur outsider,
constructeur d'une esthétique nouvelle, hybride, pluriculturelle. Sa différence,
son identité a été bâtie dans une formation hétérologique, produite
par des expériences vécues dans des espaces complexes, divers, comme on
lit dans la définition que Bérénice se donne d'elle même: "On
n'a que ce qu'on est, aquarium plein de poissons multicolores; et
ce que tu es ne peut appartenir qu'à toi!" (AA, 135).
L'être de frontières fait de cette diversité,
qui menace l'ordre unique –
instrument monolithique de légitimation de frontières – l'outil qui lui permettra de dépasser les limites canoniques. Il pourra
ainsi faire dialoguer des registres culturels qui, parce qu'ils représentent
une hétérologie, sont utilisés comme prétexte pour justifier le partage
du monde en une structure manichéiste.
Dans le récit fictionnel de Réjean Ducharme,
ce discours hétérologique est metaphorisé dans le langage de frontière
et dans sa pratique, répertoriés dans le rôle joué par les narrateurs et/ou
les personnages, doubles de l'écriture de Ducharme: Bérénice, dans L'avalée
des avalés, André Ferron et sa partner Nicole, dans L'hiver de force et Bottom, dans Dévadé. Ces figures, en tant
que représentants de la marge, inscrivent dans leur langage toute la
polyphonie construite dans l'entre-lieu où des différents discours
circulent dans des relations changeantes et multivalentes d'opposition. Le
propre récit ducharmien se produit dans cette pratique, dans le mouvement
d'oscillation constant de ces personnages et/ou narrateurs qui tracent un
pont croisé par des voix tantôt opposées, tantôt en relation. C'est de
l'alchimie de ces contacts, de ces échanges, que se construit un nouveau
langage hybride, formé de fragments du choc entre champs opposés et de la
créativité développée dans la pratique de survie, propre à ceux qui
doivent inventer des détours pour vivre . Ducharme inscrit, ainsi, dans son
récit, le processus d'hybridisation culturelle, quand il travaille le jeu
de forces qui révèle les stratagèmes du pouvoir paradigmatique et l'émergence
des différences marginales. C'est dans la relation rusée établie entre
les narrateurs, vus comme représentants de la marge qui se déplacent entre
des pôles opposés, et les personnages identifiés avec l'ordre orthodoxe
que sera déclenché tout le processus de construction d'un ethos
underground marqué par l'hybride, dont la constitution s'est produite
aussi dans la dialogie entre des champs divers et pluriels, en déconstruisant
tout le concept de pureté canonique.
La pédagogie de la ruse ne se développe pas
seulement dans la pérégrination par l'espace oppresseur, mais se constitue
surtout dans un lieu de frontières, où le rusé circule avec intimité
entre des champs opposés: d'un coté l'unicité, l'immutabilité et les
limites de la pensée paradigmatique; de l'autre, le domaine du devenir, du
multiple, de l'instable, de l'illimité, de l'opinion oblique et flottante.
Comme il a été dit, ce rôle est joué par Bérénice dans L'avalée
des avalés. La mouvance de Bérénice dans cet espace de frontières
permet la construction d'une identité d'origine multiple, fragmentée, mais
consistante, avec lacunes, qui s'oppose à l'identité monolithique imposée
malgré les registres multiples, fondée dans le gommage d'autres référents
identitaires étranges à ses stéréotypes. Dans sa circulation entre des
zones opposées, Bérénice comprend la relativité des vérités à partir
de ce transit entre les métaphores représentatives de l'ordre juif, représenté
par le père Einberg et l'ordre catholique, confirmé par la mère Chamomor.
Bérénice dénonce la logique dogmatique quand elle comprend la situation
à partir de la frontière d'où elle lit les références. Voilà Bérénice,
pièce dans ce jeu de pouvoir de structure binaire, qui essaie d'exclure les
altérités diverses.
Le catholicisme et la mère Chamomor sont perçus
comme un mal à être exorcisé par le judaïsme de Einberg, toutefois,
frontière transposée, Bérénice inverse le jeu dans l'espace de la mère,
et le mal revient du coté du judaïsme représenté dans la figure du père,
exerçant ainsi l'ambiguïté de la conception de déviant d'après Becker.
Vers la fin du roman, en arrivant à Israël, elle croit avoir trouvé sa
place au monde, pour, après, relativiser son choix. Ce choix est illusoire,
car Bérénice ne trouve ancrage que dans l'errance. Ce jeu de circulation
entre les deux côtés fait partie de la conscience rusée de Bérénice qui
sait que sa conduite déviante ne gagne statut de transgressive que par sa
reconnaissance par le canon imposé, soit celui de son père ou celui de sa
mère.
Cette structure binaire peut être vue comme la
représentation littéraire de la problématique identitaire québécoise,
question polémique aux années soixante, époque de la publication de ce
roman. La question du Québec, actuellement, s'analyse à partir d’une révision
de la notion d’identité. Le mythe de l’essence de la "race"
canadienne-française, qui maintenait un ethos engagé avec
obsession dans la préservation de ses valeurs, comme la langue française
et la religion catholique, passe par une relecture en face du processus
dynamique des multiples modifications dans la société québécoise. Le nous-autres,
qui représentait une identité close, un nationalisme défensif comme mécanisme
de refus de l’Autre envahisseur et d’exclusion de l’étranger, est
relativisé en face du concept de transculture. Aujourd’hui, des théoriciens,
critiques et écrivains reconnaissent que l’identité québécoise
incorpore d’autres voix, d’autres histoires, admettant le
multiculturalisme qui configure sa réalité nationale.
Ainsi comme le Québécois se débattait entre
l’identité française et l’identité anglaise, Bérénice se révolte
contre l’imposition d’une idéologie monolithique, qui des deux cotés
s’impose comme racine unique. En prenant conscience de la situation
aseptique, elle assume sa condition d’être de frontières. C'est dans
cette mouvance entre les marges opposées que Bérénice construira une
troisième marge, où elle pourra être et développer son identité
multiple. Telle identité de frontières lui donnera le passeport
diplomatique, la compétence pour circuler avec intimité entre et dans des
champs opposés. Partout où elle passe, elle s’y inclut, parce qu’elle
est partie entière, se permettant d'être et de se poser dans tous les
lieux comme si elle était dans son habitat naturel, car Bérénice
est elle-même, cet espace qu’elle porte dans son âme. Une fois effacées
les frontières qui divisaient son identité en deux pôles, Bérénice peut
disposer de toutes les références, y comprises celles qui ont été
acquises dans l’espace de la rue, propre au flâneur. De cette façon,
partent Bérénice et son frère Christian hors les limites de la maison et
de leur adresse en tant que repère-limitrophe.
Dans le système producteur de subjectivités,
il faut avoir un nom et une adresse registrés dans les codes normatifs
mais, en tant que flâneur et déviante, Bérénice n’a pas d’adresse
fixe. Tel est le prix de la liberté: – " Notre adresse, messieurs,
c’est: Monsieur et Madame Homme, Planète Terre, Système solaire, Infini.
Otez donc vos chapeaux, goujats!" (AA, 159). Cette activité a
permis à Bérénice de se constituer des éléments caractéristiques du
catholicisme, du judaïsme et des divers champs par où elle passe. Ainsi,
n’importe où elle va, elle mènera l’étranger – celui qui ne s’identifie
pas avec les habitants de l’endroit où par hasard elle se trouve – , objet de xénophobie par le sujet
canonique. En ce sens, Régine Robin, dans Le deuil de l’origine,
cite Derrida: "Juif serait l’autre nom de cette impossibilité
d’être soi" et Paul Celan: "Tous les poètes sont
Juifs." Quand Bérénice s’écrit dans le bérénicien,
elle porte avec soi cette étrangeté, toutes les étrangetés, puisqu’elle
a le surplus juif. Cette situation viabilise le projet d’insertion de l’étrange
dans le monolithique: Bérénice réalise, en tant qu’être de frontières,
les rôles de transgresseur de l’ordre et celui de flâneur, car c'est en
tant que passante qu'elle cueille et recompose les pièces d’un jeu sans
exclusions.
La troisième marge inclut les deux autres et
inscrit ainsi le dialogisme entre cultures diverses. C'est ainsi que Bérénice
passe de la condition de jouet-joué à celle de joueur, car c'est comme
tisserande, comme peintre de mosaïques qu’elle transpose chaque
entre-deux, en l’affirmant, en le signifiant, peut-être pas comme mosaïque,
mais comme kaléidoscope qui transfigure ses formes à chaque tour, donnant
à la figure une dynamique continue, faisant interagir la multiplicité hétérologique
qui habite l’entre-lieu: "L’idée de frontière ou de traits,
avec un dedans et un dehors, un ici et un ailleurs, paraît insuffisante.
C’est l’espace d’entre-deux qui s’impose comme lieu d’accueil des
différences qui se rejouent."
Il s’agit, telle Arachné, de refaire le même
parcours sur l’espace qui sert de texture originelle, et d'y retourner
telle Pénélope, tisserande, brodeuse oblique. Cette image pourrait suggérer
la reproduction d’une même circonstance, toutefois, à chaque passage, la
fileuse – la passante – refait le même chemin
de façon diverse, l’apprenant de façon diverse. Il s’agit du voyage de
retour aux origines comme effet libérateur: "[...] l’origine ce
n'est pas fait pour y aller mais pour en partir."
En ce sens, l’origine n’est pas quelque
chose donnée, mais quelque chose à prendre, une re-création constante,
tel le blanc de la page déserte, espace d’inscription d’autres vérités
et d’autres fictions. C'est, pourtant, par la valeur performative de la
parole que Bérénice tue et réinvente son origine dans la traversée de
l’écriture, cet entre-lieu de quête d’un fond mémoriel
chargé de l’hybridisation résultante de la dérive du sujet en quête de
son identité. Se libérer de son origine peut signifier sa destruction par
le recours métaphorique présent dans le ludisme du nom de Chamomor, mère
de Bérénice, représentante de la tradition catholique et française dans
le roman. Tuer les chats de sa mère, de façon cruelle et machiavélique,
et l’appeler de – Cha(mo)mor – , chat mort, représente pour Bérénice,
par ces actes symboliques, sa volonté de renverser le jeu de pouvoir, dénonçant
sa condition d’objet dans la dispute de possession entre ses parents:
"M. Einberg voit d’un oeil irrité son avoir jouer avec l’avoir
de Mme Einberg." (AA,12). Le projet de Bérénice se constitue
dans le refus de cette condition pour devenir maître d'elle-même, de
Christian et de sa mère, occupant la place de sa mère.
Ainsi, dans le jeu verbal avec Cha(mo)mor, Bérénice
travaille l’écriture peut-être comme quête d’une impossibilité:
celle d’une identité, une mémoire identitaire, une filiation, une
histoire – errance en quête de la reconstitution du sujet originel qui
trouve sa différence dans l’essai de retour aux racines, dans le vécu
d’une extra-territorialité. Dans le même sens, Régine Robin dit qu’"il
y a de la mort dans ce blanc, dans cet entre-deux, cette bordure. Impossible
de coïncider avec son passé personnel, familial ou collectif."
La mort symbolique de la mère réalise dans l’écriture le refus du joug,
de la soumission au lieu fantasmagorique de l’origine: "Je veux
qu’elle soit comme un chat mort, comme un chat siamois noyé.
J’exige qu’elle soit une chose hideuse, repoussante au possible. Ma mère
est hideuse et repoussante comme un chat mort que des vers dévorent."
(AA, 33). Ducharme parait réaliser l’assomption de l’orphelinat au Québec
comme désir de réinvention identitaire. Dans son ambivalence, en ce qui
concerne le problème de l’origine, le sujet québécois a parfois
tendance, encore enraciné à la formule "je me souviens",
à refuser dramatiquement la France, mère-marâtre qui aurait refusé la
maternité, abandonnant ses enfants à l’Angleterre. Le deuil des liens de
filiation favoriserait aux Québécois la constitution d’un mémoriel
identitaire à partir de référents développés dans un espace canadien-québécois
dans lequel ils cueillent et registrent les éléments constitutifs de leur
ethos hybride, exorcisant, ainsi, le stigmate de l'orphelinat.
La relation de Bérénice avec ses parents suggère
la dénonciation de l’arbitraire des codes canoniques (présents dans les
représentations de deux organisations orthodoxes, le catholicisme de
Chamomor et le judaïsme de Einberg), configurant un espace querelleur
et critique entre le modèle imposé et ses récepteurs. C'est dans cet
espace de tension que se construira le bérénicien, langage qui exprime la
pluralité culturelle et la transgression lexique, graphique, des codes de
la langue canonique. C'est par la manipulation de la langue que Bérénice
rompt avec la rigidité des structures orthodoxes et des paradigmes sociaux,
et suggère l’inscription d’un langage qui tiendrait compte d’un ethos
développé dans l’hybridisation pluriculturelle en tant que réponse à
la quête incessante de la reconstruction d’une mémoire identitaire. À
travers le bérénicien, qui se propose comme langage québécois, se
viabilise l’interaction entre cultures et religions diverses et s'entrevoit,
d’une certaine façon, la possibilité d’un espace transculturel dans le
Québec enregistrant sa représentation identitaire. Tel est, d’après
Marina Yaguello, la fonction du langage: "La fonction primordiale
du langage n’est pas de définir ni d’exprimer le monde. La fonction du
langage est de construire et de reconstruire inlassablement son propre univers."
Une autre lecture possible du bérénicien
permet de le penser comme logique du ghetto, de l’impossibilité d’une
issue. Le bérénicien se construit dans une ambivalence de sens: si, d’un
côté, il suggère l’hybridisation culturelle comme issue, d’un autre côté,
il s’agit du langage de la haine et de l’échec, de la révolte encore
naïve qui ne mène pas, vraiment, à l’ouverture vers l’autre.
La manipulation de la langue permet l’inscription
du langage underground à travers lequel l’étranger, prisonnier qui
habite Bérénice, s’exprime: "Tu ne me reconnais pas? Tu
ne sais pas qui je suis? Je suis la folle qui est prisonnière en moi! " (AA, 175). C'est à travers le langage que le personnage construit sa
demeure, son palais, lieu d’engendrement de l’être de frontières, car
le bérénicien habite l’entre-lieu désert des représentations
orthodoxes, cet entre-deux du monde du père et de celui de la mère, dans
lesquels, toute seule, Bérénice est absente d’elle-même. C'est à
partir de cette absence que Bérénice construira son langage, dans la
lacune entre sa représentation outsider et le système, entre sa façon de
percevoir le contexte et la représentation conventionnelle et manichéiste
sous laquelle celui-là se présente. Le lieu d’inscription de Bérénice
est celui de la fracture dans l’unité scripturaire où s’articule la
voix absente dans la présence du mot.
Pour écrire le bérénicien, il a été
nécessaire d'habiter et de manipuler les divers codes linguistiques qui
essaient de dialoguer dans l'espace multiculturel québécois. C'est dans le
cheminement entre les interstices, comme fait la Bérénice errante ? "Nous
faisons souvent des faux pas, mettons souvent les pieds dans le ballast qu'il
y a entre les traverses. Nous lançons la jambe de traverse en traverse
comme de pierre en pierre sur une rivière." (AA, 157) – , dans les fentes de la langue canonique,
qu'elle écrira son langage, voyage ou traversée des sentiers de l'écriture,
articulant les trajectoires de l'errant dans sa flânerie par les rues et
dans l'espace du récit.
Bérénice se sert de la langue française pour
le registre de l'ethos outsider codifié dans son langage déviant,
trichant avec l'idiome maternel. Le bérénicien, expression d'un
langage pas seulement outsider mais surtout hétérologique, de circulation
et d'interaction entre sciences, ethos divers, se construit dans la
trahison d'un ordre, entre-lieu où le même-autre s'opposent mais se
touchent, s'excluent et se reconstituent, en faisant circuler le flux vital
de l'hybridisation dans l'intersection entre cultures diverses. La problématique
n'est pas dans la construction d'un espace, où la singularité culturelle
puisse se dire, mais dans la reconstruction des espaces à partir des
singularités qui l'habitent et forment leur contexte socioculturel. Le bérénicien,
en permettant le développement de référents propres, permet la
reconstruction du lieu de l'écriture en tant qu'instrument pour la définition
de significations et codes de contrôle des modèles du comportement dans un
contexte donné. Dans L'avalée des avalés, Bérénice interroge
ces limites et définit l'espace de la feuille blanche comme lieu de
circulation de ces questions:
Je ne sais pas à qui appartient l'univers, à quel maître je dois obéir. Je ne sais pas d'où me vient la vie, à quoi il faut qu'elle serve. [...] Je donne arbitrairement une autre forme à toute chose qui, par son manque de consistance ou par son immensité, est impossible à saisir... et alors, à la faveur de cette autre forme, je saisis la chose, je la prends dans mes mains, dans mes bras, mais surtout: dans ma tête. Pour parer à l'insuffisance qui ne me permet pas d'agir sur les choses et les activités indéfinissables de la vie, je les définis noir sur blanc sur une feuille de papier et j'adhère de tout l'âme aux représentations fantaisistes ou noires que je me forge ainsi de ces choses et de ces activités. (AA, 206)
La transgression des limites annonce l'étranger
des frontières, le voyageur chargé de marques qui révèlent, loin des
marges, l'altérité qui se cachait entre les murs, contrôlée par le canon
scripturaire. Ce contexte s'hybridise, se diversifie, relativisant les
dogmes, les vérités institutionnelles, à travers les méthodes, les
formes et les manières de faire, qui se créent, se (re)inventent dans
l'espace de l'entre-lieu, où circulent des singularités diverses.
Il s'agit de l'importance de l'entre-deux comme lieu où s'opère
l'insertion de la différence, où se manifeste l'étrangeté capable de se
distinguer de celle qui n'existe que pour légitimer le jeu de l'inclusion –
exclusion caractéristique de la
structure binaire sur laquelle s'appuie et se perpétue l'ordre établi. D'après
Sibony, le point critique de l'entre-deux n'est pas la différence,
mais le double mouvement de ce qui se passe entre eux, et: "[...] où
deux entités sont non seulement 'différentes', mais en contact différencié
de sorte que l'une en passe par l'autre, se confond avec, s'en détache, y
revient en même temps qu'elle s'en éloigne [...]."
L'espace de la différence se réalise par la
construction d'un lieu dans la mémoire et dans l'histoire de l'être de
frontières, qui s'inscrira dans le bérénicien comme traversée de
langages. Ce processus se réalise dans la mouvance, par le déplacement
constant du flâneur entre les frontières. Comme un ramasseur, l'errant
cueille dans ses cheminements les mémoires des endroits le plus pluriels
pour les déplacer, en les remplaçant dans des contextes divers. Cette
activité provoque la métamorphose de l'origine, c'est-à-dire, identifie
le chaos en tant qu'origine, le rhizome et non pas la racine unique. Édouard
Glissant, lisant Deleuze et Guattari, oppose l'identité – rhizome à l'identité racine-unique,
quand il pense la question de l'enracinement dans le mouvement de la diaspora,
dans Poétique de la Relation:
"La racine est unique, c'est une souche qui prend tout sur elle et tue alentour; ils lui opposent le rhizome qui est une racine démultipliée, étendue en réseaux dans la terre ou dans l'air, sans qu'aucune souche y intervienne en prédateur irrémédiable. La notion de rhizome maintiendrait donc le fait de l'enracinement, mais récuse l'idée d'une racine totalitaire. La pensée du rhizome serait au principe de ce que j'appelle une poétique de la Relation, selon laquelle toute identité s'étend dans un rapport à l'Autre."
C'est la conception de l'identité comme rhizome – "[...] de l'identité non plus comme racine unique mais comme racine allant à la rencontre d'autres racines. [...] pour entrer dans la difficile complexion d'une identité relation, d'une identité qui comporte une ouverture à l'autre." – , relue par Glissant dans Introduction à une poétique du divers, proliférant dans le système erratique du chaos – monde, qui dialogue avec Bérénice dans L'avalée des avalés, quand elle cherche à dépasser les limites fondamentales que personne n'interroge et qui ne constituent pas un reflet de l'essence mais la trame des relations avec l'autre:
À quoi bon m'inscrire en faux, crier, me révolter, détruire? Je me cherche, comme dit le docteur. À quoi bon? Plus je me creuse, plus je me détériore. Je cherche un noeud à moi?même, et je n'arriverai jamais à ce noeud. Je sais qu'il n'y en a pas. J'ambitionnais de refaire le chaos en moi-même, de tout reprendre à zéro. (AA, 125)
Si le bérénicien ne présente pas
d'issue à la fin du roman, Bérénice annonce une future possibilité
d'issue. En tant que sujet de "dévoration", elle s'approprie le
tout-monde et s'y inscrit, en ajoutant encore un "étranger"
au Québec. La constatation de l'incommunicabilité avec l'autre, vers la
fin du roman, dénonce la présence d'une pensée linéaire caractéristique
de l'immobilité monolithique, de ghettos multiethnoculturels dans l'espace
québécois. Cependant, Ducharme travaille cette question dans ses autres
romans, indiquant une possibilité d'inclusion pluriculturelle en processus.
C'est de son île, son ghetto, que Bérénice refait la possibilité
du chaos (infécond ?), en se communiquant, dans la traversée du texte,
avec les altérités qui ont registré avant elle leur itinéraire dans l'écriture.
La victoire de Bérénice n'est pas un triomphe, dans son sens canonique,
mais se construit comme un subterfuge, un exercice de sagacité du rusé
pour la survie dans le jeu de l'(in)communication. L'(in)fécondité du bérénicien
permet de penser la lecture du chaos peut-être comme recommencement, du zéro,
–
dans cet entre-lieu de l'écriture ouverte, plurilingue et pluriculturelle
qu'elle représente.
Les relations interculturelles répertoriées
par Ducharme au Québec pourraient peut-être confirmer la théorie de
Glissant sur le chaos comme système dynamique, mouvant, où les représentations
du réel flottent entre les frontières de l'imprévisibilité, de la
multiplication de variables dans la variable temporelle, refusant la
"pensée de système", occidentale, ancrée dans les catégories
d'absolu et de sacré, où se sont tenues submergées les cultures humaines,
condamnées au renoncement et à la stagnation. C'est dans le chaos – comme affrontement, harmonie,
conciliation, opposition, rupture, jonction entre toutes ces dimensions et
entre toutes les conceptions du temps, du mythe, des cultures qui
s'entrelacent ? que se manifeste la représentation de l'errante Bérénice,
double ducharmien, recueillant le mémoriel multiple et complexe du Québécois.
Le bérénicien rend visible le début
du processus d'implémentation du langage de la déviance dans les cultures
périphériques comme moyen et expression de l'ethos underground.
Dans le bérénicien, les voix périphériques commencent à
dessiner leur sujet qui s'inscrit déjà dans le code écrit en tant
qu'interrogation de la propre écriture. Lieu d'expression et d'imposition
de l'ordre paradigmatique, la langue, dans le registre ducharmien, est lieu
de captation et d'inscription de différentes hétérologies. Ducharme écrit
les voix des différences québécoises relatives à la religion, à
l'enfance, à l'immigration et à la langue, marquant la position de l'autre
par la récupération d'une parole vidée, lui rendant la signification
pleine par le mécanisme de la traduction de tous les langages (sonores,
iconiques, gestuels, verbaux).
C'est ainsi que le propre texte paradigmatique
éprouve des transformations, car il souffre l'insertion de langages divers
qui demandent, pour leur expression, des formes multiples, variées,
mouvantes. Le discours hétérologique ne se pratique pas comme copie
conforme à l'orthodoxie textuelle, mais inscrit les altérités autrefois
exclues, récupérant un système d'absences nécessaire à la réalisation
de l'écriture en tant que jeu de différences. Elle devient lieu
d'expression d'un langage qui se construit dans l'errance, dans la pérégrination
du narrateur de frontière qui fonctionne comme lieu de captation de la
polyphonie culturelle, que ce soit dans la mouvance ("jeu de
bascule") de Bérénice entre deux pôles opposés, l'ordre catholique
et l'ordre judaïque, ou dans ses pérégrinations par New York, espace
multiethnique, pluriculturel, et dans ses voyages, où elle entre en contact
avec la culture étrangère, en incorporant l'étrange à ses codes.
Le langage acquis dans les frontières, dans la
circulation dans des espaces différents, s'exprime aussi dans l'étrangeté
provoquée par le retour à l'ordre, par la non identification avec le monde
antérieur. Ainsi, pour l'inscription de ces différences cueillies dans son
errance, Bérénice crée l'artifice du bérénicien,
langue-langage où elle pratique l'essai de réinventer la langue en tant
que codification de l'ethos outsider. Dans la lecture de ce
processus, on pourrait rappeler ici les mots de Sibony: "une langue
se parle souvent dans une autre langue; et une langue autre se parle
toujours dans chaque langue donnée" , en dialoguant sur la réinvention
de la langue avec De Certeau qui la lit comme jeu de violence nécessaire à
la transformation :
"Il s'agit d'épuiser le sens des mots, de jouer avec eux jusqu'à les violenter dans leurs attributs les plus secrets, à prononcer enfin le divorce total entre le terme et le contenu expressif que nous lui reconnaissons à l'accoutumée." Dès lors, l'important n'est plus le dit (un contenu) ni le dire (un acte), mais la transformation, et l'invention de dispositifs, encore insoupçonnés, qui permettent de multiplier les transformations.
Dans cette pratique, Bérénice joue avec les mots, engendrant son nouveau code d'expression:
Je hais tellement l'adulte, le renie avec tant de colère, que j'ai dû jeter les fondements d'une nouvelle langue. Je lui criais: "Agnelet laid!" Je lui criais: "Vassiveau!" La faiblesse de ces injures me confondait. Frappée de génie, devenue ectoplasme, je criai, mordant dans chaque syllabe: "Spétermatorinx étanglobe!" Une nouvelle langue était née: le bérénicien. (AA, 337)
"Ectoplasmetiquement", en mordant
et en dévorant chaque syllabe, Bérénice suggère le délire du coït avec
la parole, en la "transubstantialisant", dans le ludisme des mots,
en liquide "spermétique" qu'inonde le globe: "Spétermatorinx
étanglobe" – , métaphore pour la création d'une
nouvelle langue. D'après Bakhtin , les langages, les cultures émergent
d'un processus dialogique où interagissent des polyphonies diverses.
Dans la difficile tâche de trouver traduction
dans la langue canonique pour son ethos déviant et pluriel, Bérénice réinvente
une langue à partir de la transgression ludique de la langue française et,
dialoguant avec Glissant ? "Je parle et surtout j'écris en présence
de toutes les langues du monde" ?, en présence de toutes
les langues:
J'ai fait des emprunts aux langues toutes faites, de rares. Deux amis qui se sont éloignés l'un de l'autre en forêt ne se voient plus et cherchent à se retrouver, répondent à l'appel l'un de l'autre par un autre appel. "Nahanni" est un appel à un appel. Quand Constance Exsangue m'appelle, je réponds: "Nahanni!", prolongeant les syllabes, isolant les syllabes. Le bérénicien compte plusieurs synonymes. "Mounonstre béxéroorisiduel" et "spétermatorinx étanglobe" sont synonymes. En bérénicien, le verbe être ne se conjugue pas sans le verbe avoir. (AA, 337)
La présence du résidu et du monstre – "Mounonstre béxéroorisiduel" –, dans la structure syllabique du bérénicien, suggère, déjà dans sa représentation lexique, la proposition de construction et inscription d'un ethos underground dans la langue de Bérénice. La présentation, par Bérénice, du spétermatorinx comme synonyme de Mounonstre béxéroorisiduel, suggère la création d'une langue qui écrira l'ordure: sperme engendrant le résidu et une autre Bérénice qui pourra définir son projet de réalisation identitaire – "[...] j'ai été faite Bérénice comme le calorifère a été fait calorifère. Je peux résister à Bérénice et essayer d'être une autre [...]" (AA, 191) –, en inscrivant son comportement déviant – "Je suis celle qui s'agenouille devant un esclave et ne baisse pas les yeux devant une reine." (AA, 185) – dans le bérenicien en tant que véhicule pour l'expression de son langage hétérologique. C'est ainsi, par le travail d'inscription des multiples cultures qui habitent l'espace québécois, que Ducharme réalise, peut-être, dans la fiction, un impossible québécois: le pluriculturalisme, ou l'interaction culturelle d'un espace hétérogène.